La différence de traitement d’un certain nombre de sujets par les médias fait très souvent polémique. Mais je ne peux pas m’empêcher de remarquer que, si nos médias méritent effectivement d’être invectivés pour leur partialité, ce n’est nullement dans le sens habituel.

Prenez le cas très médiatique du conflit israélo-palestinien. Bien souvent les pro-israéliens dénoncent un biais pro-palestinien dans le traitement de l’information, la violence israélienne, notamment ses ripostes dans la bande de Gaza, étant mises sur un pied d’égalité avec les agressions aveugles du Hamas ; et quelles que soient les précautions israéliennes , les Israéliens sont toujours les plus tancés par les médias. C’est donc que les médias seraient pro-palestiniens. En outre, il y a tant de massacres et de guerres dans le monde, et les médias se crisperaient ainsi sur Israël ? C’est sans doute qu’ils sont antisémites.

Autre cas : les agressions dont sont victimes les chrétiens, en France et dans le monde. En France, les cimetières chrétiens sont les plus profanés, et de loin, mais les médias ne parlent que des profanations de cimetières juifs et musulmans. Dans le monde, les chrétiens sont persécutés, mais les médias s’en désintéresseraient. C’est donc que les médias seraient christianophobes, et plus largement occidentalophobes.

Je pense, pour ma part, que les choses sont exactement inverses, au fond. Les médias sont profondément occidentalistes, et racistes au sens le plus exact du mot, c’est-à-dire qu’ils classifient les races et les considèrent par ordre d’importance, et organisent vis-à-vis d’elles leurs attentes et leurs critères de jugement en fonction des traits qu’ils leurs attribuent.

Ainsi, le fait de tancer les Israéliens dès qu’ils envoient un missile pour riposter contre des tirs de roquettes et de ne guère condamner le Hamas agresseur n’est pas le signe d’un respect pour le Hamas et d’un mépris pour Israël, c’est tout le contraire : pour les journalistes, Israël est un pays occidental, démocratique, à population essentiellement blanche, très largement d’origine européenne ; c’est donc un pays civilisé, et il est indigne d’un pays civilisé de lancer des missiles sur des gens. En revanche, le Hamas est composé d’Arabes, gens par nature peu civilisés et violents, par conséquent il serait absurde d’attendre d’eux un comportement civilisé.

C’est pour la même raison que les massacres du Darfour, ou le mauvais sort réservé aux palestiniens par les Arabes voisins, n’ont pas droit au même traitement médiatique : pour nos médias, des Noirs qui massacrent des Noirs, c’est normal : ce sont des sauvages. Des Arabes qui massacrent des Arabes ? C’est dans leur nature. Par contre, des Blancs qui lancent des missiles sur des Noirs et des Arabes, c’est indigne d’eux. Si Israël est mal jugé par les médias, ce n’est pas le signe de leur antisémitisme, mais au contraire qu’ils lui reconnaissent le statut de pays occidental, donc civilisé, qui doit être jugé selon des standards plus élevés, des exigences morales supérieures à ceux qui sont appliqués aux races inférieures.

Les différences de traitement médiatique ne sont pas une question de rapport « morts/kilomètres ». Dans ce cas, pourquoi entendrait-on plus parler une ou deux fois par an aux Etats-Unis de l’exécution d’un condamné à mort, et aurait-on à peine traité des 500 frères musulmans condamnés à mort en Egypte ? Pourquoi, lorsqu’éclate une fusillade aux Etats-Unis, en entend-t-on plus parler que lorsqu'une école est massacrée par des islamistes au Pakistan ? Nous sommes à peu près équidistants. La différence n’est pas dans le kilométrage géographique, mais dans le kilométrage civilisationnel qui sert de logiciel de traitement à nos médias : un Arabe ou un Pakistanais (qui seront médiatiquement assimilés dans le sens où ils sont musulmans)  qui tue, c’est normal. Un Blanc qui commet un massacre, c’est indigne : on attend mieux de lui, c’est-à-dire qu’on le considère, par nature, supérieur aux autres.

Vous pouvez vérifier, cela fonctionne avec tout. Les « jeunes issus de l’immigration » qui bénéficient de la « bienveillance » des médias ? Ce n’est pas que nos médias « préfèrent » ces populations à celles « de souche », mais simplement qu’ils considèrent que les populations blanches sont civilisées, quand les autres ne le sont pas. Avez-vous remarqué la manière dont les médias présentent la réussite professionnelle ou artistique d’un individu immigré ou fils d’immigrés non Blanc (j’insiste : non Blanc. Sarkozy est un fils d’immigrés Blancs, son élection n’a surpris personne) ? Il y a toujours dans la caméra une forme de condescendance, une sorte d’idée que « c’était pas gagné » vue l’origine de l’individu.

On peut aussi l’appliquer au traitement – ou l’absence de traitement – journalistique de la question du « racisme anti-blancs ». Pour nos journalistes, on ne saurait reprocher aux immigrés et enfants d’immigrés africains d’être racistes : comment pourraient-ils se croire supérieurs aux Blancs ? Et s’ils sont effectivement anti-blancs, ce n’est qu’une autre forme d’expression de leur nature violente et non-civilisée ; on ne saurait donc leur en faire grief. Mais un homme civilisé, un Européen blanc, ne saurait s’abaisser à être raciste, et puisqu’il est supérieur et civilisé, il sera digne de lui non de mépriser l’inférieur, mais de condescendre à le traiter comme son égal.

Mais, me dira-t-on, et la repentance ? Eh bien la repentance elle-même est une forme d’orgueil moral. Si l’on ne parle guère de la traite arabe des Noirs, ce n’est à mon sens pas par politiquement correct, mais tout bonnement par racisme : la traite des Noirs, au fond, était indigne des Blancs, mais correspond tout à fait à une mentalité d’Arabe… Il est digne du Blanc qu’il se repente de ses comportements peu civilisés, mais il serait absurde de demander la même chose à un sauvage d’Arabe. Voilà quelle est la véritable manière de penser de nos grands humanistes qui prétendent donner des leçons de tolérance. Ce n’est qu’une morale de caste s’estimant supérieure et convaincue que noblesse oblige.

Au fond, nos médias demeurent imprégnés du discours colonialiste de Jules Ferry : « Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures [...]parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures.[...] Ces devoirs ont souvent été méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation ».

Mais il faut bien voir que ce discours ne joue pas que sur les questions de race, car les médias sont également imprégnés de racisme social : s’ils estiment que les Blancs sont au-dessus des autres peuples, ils portent aussi l’idée que, parmi les Blancs, ils sont eux-mêmes la caste supérieure, et que comme il incombe à l’homme blanc de civiliser le monde, et de se comporter mieux que les autres peuplades, il incombe au journaliste non d’informer, mais d’éduquer le peuple, de lui expliquer comment doit se comporter un occidental. En cela les grands médias, spécifiquement télévisuels, les plus creux en contenu comme en analyse et les plus imprégnés d’idéologie et de volonté de formatage du peuple, se comportent-ils comme une sorte de clergé moderne, avec tous les vices traditionnels  inhérents au cléricalisme : condescendance, corporatisme, dogmatisme autosatisfait.

Et c’est cette vision à multiples poids et mesures que servent quotidiennement au bon peuple des gens qui ne cessent par ailleurs de répéter « pas d’amalgame » ou « halte au racisme » alors que, vraisemblablement, les gens du peuple sont, fondamentalement, bien moins racistes qu’eux. N’importe quel prolétaire qui se rend dans un marché local un jour de semaine côtoie et coudoie en une heure bien plus de Noirs, d’Arabes et d’Asiatiques, échange plus de mots avec eux et tisse plus de liens, par le commerce, qu’aucun journaliste de télévision ayant étudié à Sciences po ne le fera vraisemblablement en plusieurs années.

Pour mesurer le degré de légitimité des donneurs de leçons qui craignent sans arrêt les préjugés du peuple,il suffit d’aller sur ces multiples marchés cosmopolites que l’on trouve dans les grandes villes françaises. Récemment, chez moi, à Toulouse, je me suis promené au marché Saint Sernin, au pied de la cathédrale, un dimanche matin. A l’entrée de la basilique, d’où sortaient les vapeurs d’orgue de fin de messe dominicale, se trouvaient, sur le parvis, des vendeurs d’icônes chrétiennes. Cinquante mètre plus loin, des musulmans en tenue traditionnelle demandaient de donner pour une mosquée. Marchands et clients de toutes races et religions déambulaient et commerçaient dans la paix anarchique et l’ordre spontané du marché.

Et telle est, dans toute sa trivialité, ma conclusion : contrairement à ce que l’on nous assène, le peuple n’est guère raciste, et s’il l’est, c’est essentiellement ponctuellement, par pulsion. Mais à observer le comportement médiatique, il me semble déceler un racisme profond, cohérent, systématique.