Mes lecteurs et interlocuteurs m’ont  beaucoup interpelé, ces derniers temps, en réaction à mes divers articles sur l’Ukraine, Poutine et le Poutinisme. Les plus hostiles m’ont accusé d’être atlantiste, va-t-en-guerre. Les plus polis m’ont demandé ce que je préconisais, et, si je disais qu’il fallait s’opposer à Poutine et aider les Ukrainiens, quels étaient les moyens auxquels je suggérais de recourir.

Malheureusement il n’y a pas grand-chose à préconiser. Mes travaux sur la manière dont se fait l’Histoire m’ont appris que beaucoup de choses sont sur des rails et que la trajectoire ne peut pas être modifiée. En revanche on peut la rendre plus confortable, moins dangereuse. Le meilleur moyen pour cela est d’oeuvre au maintien de l’unité européenne, au rejet du populisme poutiniste dans nos pays (spécialement chez nous du Front National) afin d’éviter que les choses ne tournent au pire.

C’est pour cela que je m’adresse aux individus, non aux autorités. Je n’appelle pas à la guerre ou à la conscription. Je dis qu’il faut rejeter, individuellement, les arguments pro-poutine pour ce qu’ils sont ; chacun doit mener un combat intellectuel contre le relativisme géopolitique et les idées nocives selon lesquelles un grand pays aurait des « droits » sur ses pays frontaliers. J’essaie, pour ma part, de participer à ce combat et d’aider mes concitoyens à le mener en synthétisant ici, du mieux que je peux, les arguments à opposer aux poutinistes qui pullulent sur Internet, et se ruent sur chaque article au sujet de l’Ukraine comme une nuée de mouches en répétant à l’envi les arguments de la propagande poutinienne.

Moi-même, j’ai été il y a quelques semaines déstabilisé par leurs arguments au point d’en venir presque à accepter l’équivalence Amérique/Russie qu’ils postulent, et qui est centrale dans leur argumentaire pour légitimer les actions de Poutine. Ce n’est qu’en faisant des recherches, en lisant beaucoup sur le sujet pour préparer mon premier article, dans lequel je m’apprêtait à défendre une position neutre, que j’ai réalisé à quel point la répétition éhontée de mensonges avait finit par me confondre. Si cela a été mon cas, cela doit être le cas de baucoup de monde. La différence, c’est que les gens qui occupent leurs soirée, après une journée de travail, à faire des recherches pour tenir un blog sont rares, et manquent cette occasion de s’auto-désintoxiquer. Il me semble donc utile de fournir des analyses concises et synthétiques, fournissant les éléments nécessaires à cette réinformation. Je veux croire qu’une personne réinformée en réinforme une autre, et que cela peut avoir un effet pour éviter le basculement de mon pays dans le poutinisme ; car le poutinisme sert la montée du Front National comme la montée du Front National sert le poutinisme.

Qu’on ne me dise pas que je m’associe à la classe politique en place en France et à la défense de son hégémonie. Je me bats intellectuellement pour que ce mal ne soit pas combattu par un remède encore pire. C’est par la liberté que l’on améliorera la situation de notre pays, pas par un néo-fascisme à la botte du Kremlin.

Nul libéral ne devrait se compromettre dans la défense de la position de Poutine. Au contraire, en Russie les libéraux sont des opposants à Poutine, c’est à eux que doit aller notre sympathie et notre soutien. Eux qui risquent, comme le libéral Boris Nemtsov, d’être lâchement assassinés en plein Moscou

Je suis Boris

Voilà ce que je préconise, d’abord et avant tout : un combat intellectuel et moral contre la gangrène et la corruption poutinistes. Un combat libéral, pour le droit et l’unité des hommes libres. Un combat authentiquement pro-russe, car si l’on aime vraiment la Russie, on ne peut lui souhaiter un tyran comme Vladimir Poutine.

On ne peut lui souhaiter d’être abreuvée de propagande, et maintenue dans la haine de la liberté et de la démocratie. La Russie pourrait être l’une des plus grandes démocraties d’Europe, mais elle ne peut pas l’être avec à sa tête une clique d’anciens du KGB.

La Russie mérite mieux que Vladimir Poutine. Elle mérite des gens comme Boris Nemtsov, qui dénoncent la corruption du régime.

Des gens qu’aujourd’hui, en Russie, on tue.

 

Boris Nemtsov